Lettre à mon fils – Bonne fête des mères

Est-ce que ça t’est déjà arrivé d’écouter ces mères raconter leurs merveilleuses histoires de grossesse et te sentir complètement à côté de la plaque ? … Moi, si

Hier, c’était la fête des mères. Ma 4ème en tant que maman, mais la 1ère que je « vis » vraiment. Grâce à toi, du haut de ton mètre tout pile, tu as fais de moi une maman, une vraie maman. Pas qu’il en existe des fausses, mais je suis devenue une maman qui ressent sa réalité, qui la vit, avec ses joies et ses douleurs.

Enceinte, j’aurais aimé pouvoir lire des lignes comme celles qui vont suivre, pour m’aider à comprendre que je ne suis pas seule dans mon cas, que je suis « normale ». On va en parler de cette « normalité ».

Tu es une future maman et ce que j’ai vécu te parle, Oyé, tu n’es pas la seule. Ranges tes anxiolytiques, changes de médecin et fais une sieste.

Tu es intéressé par mon travail et tu es tombé(e) sur cet article, voici une part de moi bien profonde qui m’a construit, qui fait qu’aujourd’hui je fais ce métier avec encore plus de passion et un regard bienveillant pour les personnes qui m’entourent. Mon fils, ma bataille. Mon univers, mon regard. Bienvenue dans mon monde.

 

Mon fils, mon ange, mon expérience,

Tu t’es installé dans mon ventre en beau jour, sans surprise. Nous étions prêts. Je me love dans les bras de ton père et je te dis « coucou, je t’attend ».

6 ans que la gynéco m’annonce un taux de 10 % seulement de réussite de grossesse suite à la maladie et aux complications… que je te raconterais quand tu seras plus grand. Que tu arrives à peine 1 mois après qu’on ait décidé de te faire une place relève du miracle … ou de ton impatience à venir vivre une expérience parmi nous. Un peu des deux je pense.

Quelques jours ont passé et je rêve d’une petite tête blonde, de ton prénom, ceci 5 jours de suite. Au réveil du 6ème matin, au départ pour un mariage de 13h que je vais photographier, je fais ce test qui m’affiche des lignes floues. Je n’y comprends rien. Je travaille toute cette journée en ayant une arrière pensée que ma vie va probablement être bouleversée. J’attends la fin du WE et file chez la gynéco le lundi matin, qui me confirme que tu es bien là.

J’ai rêvé de toi 5 jours de suite, de ton visage, de ton prénom. Je décide alors de faire un test de grossesse … tu es bien là. C’est décidé, tu porteras le prénom que tu as avais dans tous ces rêves.

J’ai envie de sushis.

 

Photo : Aurélie Felli

 

LA GROSSE CLAQUE

La toxo, la tant redoutée. Celle que personne ne connaît vraiment mais que tout le monde craint. Celle qui peut te rendre aveugle ou te dérégler des connexions dans le cerveau. Je résume.

Je suis probablement une des dernières patientes à avoir été médicalisée en Suisse contre cette maladie dont les antibiotiques prescrits n’ont jamais apporté de preuve de guérison concrète. Une réelle aberration qu’on a (oui, on a pris toutes les décisions ensemble avec ton père) décidé d’arrêter quelques mois après le début de la prise, ne supportant plus les effets secondaires.

Mon chéri, tu verras quand tu seras grand, tes grands préceptes et valeurs sur certains sujets risquent de s’évanouir au contact de la peur et des angoisses. Ne t’en fais pas, c’est normal.

 

La toxo, cette maladie qui a tout changé, tout bouleversé.

L’ATTENTE

 

La grossesse.

Je devrais être heureuse d’être enceinte, rayonnante, fouler le sol des magasins telle une gazelle et crier haut et fort « regardez moi, je suis la femme la plus heureuse du monde ». Au lieu de ça, je me noie dans ma culpabilité de ne pas réussir à vivre ces moments là. Cette maladie me ronge, j’ai peur, pour toi, pour nous.

 

Je vomis 20 fois par jour, je suis fatiguée, j’ai mal partout et n’ai aucune énergie. Envolées les belles idées de rangement, déco, peinture, bricolage et autre que j’avais pour cette période. Tata te fait de jolies déco qu’elle envoie du Canada, heureusement qu’elle est là. Du moins, à distance, mais elle pense à toi.

 

Autour de moi, c’est le vide. Je me sens seule et cette sensation que personne ne me comprend. Seule face à des femmes pour qui la grossesse fut un moment merveilleux et qui m’étalent en pleine face leurs conseils et leur épanouissement le plus total, genre (*voix de cougniasse*) « ah mais moi la grossesse c’était le plus beau moment de ma vie ».

J’ai des envies de purée de pomme de terre, de sushis (oui toujours) et de Kinder.

 

J’ai la sensation d’étouffer. Mon ventre est énorme. Tu es trop là, moi pas assez. C’est toi qui contrôles mon corps tout entier. Je tente chaque jour de reprendre le dessus. Quel chemin …

La peur m’envahit chaque matin au réveil. Est-ce que t’es atteins ? ai-je fais quelque chose de mal ? t’es pas encore là et me voilà déjà en train de me dire que je suis une mauvaise mère.  C’est le début d’une série de rencontre chez une psy qui vont me faire déculpabiliser et prendre conscience que je ne suis pas la seule future maman dans ce cas. Elles sont où alors ces femmes ? Pourquoi je n’ai à faire qu’aux cougniasses qui vivent au pays des Bisounours ? Ont-elles oublié? Je leur en veux, j’en veux à la terre entière de véhiculer le message des grossesses parfaites et de ne pas raconter les autres.

 

J’ai envie d’endives braisées et de sushis (encore).

 

Tu fais des roulés-boulés dans mon ventre. On dirait que tu embarques tous les organes avec toi sur ton passage. Je vois et je filme tes mouvements (que tu adores regarder aujourd’hui). Tu te calmes quand papa te parle à travers mon ventre. Tu aimes le son de Ben Howard, il devient ton chanteur préféré qui te calme en toute circonstance.

Je sens que ça se rapproche.

 

Je prends beaucoup de plaisir à voir des petits pieds pousser sur le côté, et faire des petits tours sur toi même. Quelle est cette sensation ? Est-ce ça se sentir enfin Mère ? Je me sens plus apaisée. Je te dis que tu peux venir maintenant si tu veux. Et j’ai pas honte. Par contre, je culpabilise toujours autant de ne pas avoir pu profiter de ces 8 mois de grossesse comme je l’aurais souhaité, imaginé.

J’ai envie de purée de pomme de terre (toujours) et de jus d’agrumes. Des mandarines, fais moi un jus de mandarines.

 

Trois jours avant ta naissance on fait un monitoring, on écoute avec bonheur encore une fois les battements de ton cœur. T’entendre à chaque écho est très certainement le meilleur moment de toute cette grossesse… t’es là, c’est concret, tu vis. Probablement le seul avantage de cette fichue maladie, on t’a vu sous tous tes angles et entendu tous les mois.

 

Photo : Aurélie Felli

TON ARRIVÉE

 

“On ne naît pas mère, on le devient”

J’ai envie de Passaïa. Donnez-moi un Passaïa !

Il est 5h du matin, je réveille ton père car je sens qu’il se passe quelque chose. Je n’ai pas perdu les eaux, mais je sais qu’il faut partir. Ni ton papa ni moi ne stressons, on arrive peinard à la mat’. On me dit de repartir car le test dit que ce n’est pas pour maintenant. Je refuse. Ils refont alors un test plus tard, c’est en effet pour maintenant. Voilà ma première expérience du lien invisible et indestructible qui me relie à toi, celui qui fera que je ferais confiance en lui et en rien d’autre.

Les contractions se font de plus en plus grosses et la péridurale ne fonctionne pas. On me remet 3 doses après celle-ci en 4h environ, ça se calme enfin, je ne sens enfin plus rien. Je respire. Ta tête n’appuie pas, la dilatation stagne, on me prépare pour le bloc. Ça fait 21 h que je suis là … déjà. Ou enfin.

Tu ne vas pas sortir par voie normale. On était préparé à ce que cela puisse arriver, mais les préparations à l’accouchement ne préparent pas, elles, à cet accouchement là. Les piqures, le stress, l’angoisse, l’odeur, le draps relevé devant toi, l’anesthésie, toutes ces têtes que tu n’as jamais vues avant, la coupure, les mains du chirurgien qui se baladent dans ton ventre (oui, je les sens), le froid … ce froid intense qui me fait trembler durant 45 min. Je ne suis pas préparée à ne pas pouvoir te prendre dans mes bras mais le faire seulement 3h plus tard, ni à devoir rester allongée durant 10 jours sans pouvoir bouger, ni te prendre moi-même, et ressentir les complications de la césarienne durant encore un mois qui m’empêchent de profiter de ces premiers instants de bonheur. Je ne suis pas préparée à ce cette culpabilité (encore) de n’avoir pas fait un accouchement « normal ». Ras le bol de cette société et cette « soit disant » normalité.

RESPIRE

 

Tu es là, allongé à mes côtés. On te met à mon sein et on m’assiste pour te remettre dans ton lit. La nuit, c’est papa qui se lève pour te prendre et t’amener à moi. C’est dur, heureusement qu’il est là. Ils attendent quoi en Suisse pour faire un vrai congé paternité ? Ton papa, lui, est là les premiers mois, c’est merveilleux. Chanceuse je suis !

 

Je suis le témoin privilégié de ton incroyable instinct de survie. J’ai plaisir à observer l’apaisement sur ton visage lorsque tu dors, à suivre l’évolution de tes expressions, de tes sourires (oui tu nous en fait déjà la mat’ même si les médecins disent que ce n’en est pas, ça y ressemble et nous ça nous suffit).

 

Je te regarde te réveiller, t’endormir, chercher la détente au creux de mes bras. A cet instant, je comprends. Je comprends ces mères qui ont « oublié ».

 

Personnellement, je n’oublierais jamais, mais j’apprendrais à pardonner, aux autres et à moi-même d’avoir tant culpabilisé.

DÉFI

T’aimer. Un amour inconditionnel tellement puissant qui me fait douter à un moment donner sur le « comment ». Comment t’aimer pour ne pas t’inonder, pour t’accompagner et non t’enfermer. Te transmettre des bases solides dans la confiance et le respect.

Parfois je doute, j’angoisse, je me questionne sur le fait d’être une bonne mère, je culpabilise (oui, encore).La seule chose concrète, c’est que je t’aime, tout simplement.

Ton arrivée m’a fait prendre des décisions cruciales concernant ma vie professionnelles, je profite donc de ce congé maternité pour me reposer (enfin), mais aussi pour réfléchir à la création de mon business photo que je vais faire devenir pro. Le problème avec l’entrepreneur, c’est qu’il a tout à faire, et tout seul. Je passe donc beaucoup de temps à mettre en place des choses, ce qui me fait moins profiter de certains instants à tes côtés. Tu ne sembles pas en souffrir car tu es un bébé bonheur. Mais moi j’en souffre. Je me fais violence et m’accorde un temps limité par jour à travailler et profiter de toi le reste du temps.

PETIT BOUDDHA

Tu aimes regarder les feuilles bouger dans les arbres, tu découvres les rafales de vent sur ton visages sur les spots de Kite, tu fais ta première nuit de 10h à 10 semaines de vie (merci), à 6 mois tu nous fait 6 dents sans conséquences sur ton comportement ni tes nuits (re-merci), tu observes, souris à tout le monde et nous fais découvrir tes belles petits fossettes. Mention spéciale de remerciements à ton père de t’avoir léguer ça.

Je prends plaisir à écrire ces lignes pour m’en souvenir, débriefer ce que j’ai vécu et pouvoir les ressortir un jour, comme aujourd’hui. Ma thérapie. J’écris tes expressions, tes apprentissages, tes premiers mots, en français, espagnol et langue des signes. A 1 an, tu sais signer pleins de signes déjà qui nous facilitent beaucoup le quotidien. Te voir aujourd’hui me signer « je t’aime » à travers la vitre de l’école quand je m’en vais est probablement la plus belle récompense de ma persévérance avec cette langue qui a fait partie de ma vie professionnelle durant 8 ans.

je t’aime » en LSF

 

Très tôt tu développes des compétences et une acquitté en motricité fine. A 13 mois, tu t’amuses à visser et dévisser des mini vis sur des chausses de kitesurf à l’île Maurice, tu enfiles des petits objets dans des endroits improbables et je t’observe réfléchir à savoir comment aller les rechercher.

Tu es un être à part entière, presque adulte dans un corps d’un enfant de bientôt de 2 ans. Je ne gazouille pas, mais te parle normalement. Ça m’agace quand les autres le font avec toi. J’ai envie de dire que t’es pas bobet et que tu comprends parfaitement si on te parle normalement. C’est quoi d’ailleurs cette manie de parler comme des idiots avec des voix bizzares infantilisantes aux enfants ?

COURS FOREST

Tu évolues à une vitesse phénoménale. Ton père et moi on comprend très vite que ton évolution est spéciale. Il me demande parfois si c’est « normal ». Normalité bonjour ! On respecte ton rythme et on t’apporte ce dont tu as besoin. C’est le plus important.

Quand d’autres tapissent les sols et les murs de nourriture, ne peuvent pas prendre l’avion tellement c’est la galère, toi tu manges tout seul et proprement, tu débarrasses ton assiette, mets la table, essuies seul ton verre renversé, passes le balais (tu adores ça d’ailleurs), transvases des matières dans différents contenants, étends tes habites… Très vite tu nous construits des véhicules en lego que moi-même je n’arriverais pas à imaginer tout de suite. Quant aux dessins, tes enseignants sont ébahis devant tes 4×4 pick up doubles cabines avec barres de toit extrêmement précis quand les autres de ton âge font des gribouillis sur leur feuille. Je conserve chacun de tes dessins.

 

Je te répète tous les soirs que tu es un être merveilleux et te remercie de m’avoir choisie comme maman. Tu me dis « de rien », comme si pour toi aussi c’était une évidence que ce soit moi et pas une autre.

 

J’aime tes petites fossettes (quand je les vois c’est que tu arbores ton magnifique sourire), j’aime tes yeux bleu océan (rêveurs, curieux et amoureux de la vie), j’aime quand tu te love contre moi et que tu me papouilles les cheveux (les meilleurs moments de ma journée, même si ma coupe de cheveux ne ressemble plus à rien à cause des nombreux cheveux cassés depuis 4 ans), j’aime découvrir la nature autrement avec toi, ta soif d’apprendre et ta curiosité, j’aime ton caractère (même s’il me met à l’épreuve parfois lorsqu’il atteint mes limites, j’apprends de moi jour après jour), j’aime tes bêtises (qui me rappelle que tu n’es qu’un enfant de 4ans, heureusement)…

 

STP, gardes ton innocence, toi qui veux devenir un « pompier heureux » (parce que tu veux être pompier mais aussi heureux). Conserves ton espièglerie, ton insouciance, ta curiosité et ta joie de vivre.

MERCI

Aujourd’hui tu m’as offert mon premier cadeau de fête des mères que tu as réalisé à l’école. La fête des mères. Cette journée consacrée à toutes ces femmes qui ont mis leur vie en suspend pour se consacrer à la création et au développement de petits êtres en devenir. Ces femmes qui n’ont pas le temps de prendre une douche le matin. Ces femmes qui mangent parfois à 23h une fois toute leur smala au lit, ces femmes qui partent faire leurs courses en pantoufles (oui, ça m’est arrivé). Ces femmes qui pleurent dans leur voiture une fois la petite posée à la crèche (pour avoir le temps non pas d’aller au SPA, mais de s’occuper du plus petit, faire la lessive, le repas, les courses …).

Tu as changé ma vie. Mon fils, ma vie, mon Piou Piou d’amour, mon petit pompier, mon « tout ». Je te renifle. Souvent. Je suis toujours louve mais beaucoup plus femme aussi. Je me suis trouvée grâce à toi, ou peut-être que je me cherche encore un peu. Juste un peu.

Tu as changé ma vie, tu as bouleversé mon quotidien, tu m’as fais jeter mes classeurs d’école, tu m’as fais t’aimer en un regard, tu m’as remise en question. Tu m’as fais prendre confiance, tu as fais de moi une maman, une « vraie » maman. MERCI.

MERCI aussi de m’avoir permis de dire JE T’AIME à l’infini.

Les angoisse, les peurs et les doutes ont fais place à la curiosité, à l’apprentissage et aux découvertes. Merci d’avoir balayer ces quelques mois qui ont précédé ton arrivée pour faire place à ces merveilleux moments que tu nous offres tous les jours, à ton père et moi.

Je peux enfin manger mes sushis.

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